Tafsut Taberkant de Zimu, une vision réaliste.
8 mai, 2009, 22:11
Classé dans : ACTUALITE

Pourquoi M. Halim Akli, cadre au RCD, et ex-candidat aux elections algeriennes de 2007 boycottéés par le mouvement citoyen pour rappel s’en prend au chanteur Zimu, compositeur d’une chanson portant sur le printemps noir Tafsut taberkant ? Pourquoi le site kabyle (pluriel) point net a mobilisé plus de 4 pages pour s’acharner sur le chanteur Zimu ?

Il faut écouter la chanson pour comprendre ce qui a fait mal à ces kabyles manipulateurs qui ne veulent pas voir la Kabylie prendre son avenir en main.

http://www.dailymotion.com/video/x28r1r

 

Tafsut taberkant, Le printemps noir, une chanson de Zimu, sa vision réaliste.

 

Permettez-moi de tenter une lecture critique de la chanson de Zimu. Au préalable, je crois qu’il convient de pointer du doigt quelques fausses évidences relevées à la lecture de certains commentaires.

1. Premièrement, certains intervenants dressent des murs trop hauts entre les adaptations et les créations littéraires (pures si pureté existe en littérature). La chanson de Zimu Tafsut taberkant, est considérée comme une adaptation d’une chanson de Renaud (Les charognards), d’abord par l’auteur par soucis d’honnêteté intellectuelle, comme il l’avoue lui-même dans une émission télévisée, ensuite pour réduire de sa qualité et de sa « pureté » par opposition aux créations littéraires pures, comme le fait remarquer l’auteur de l’article le journaliste H. A. et certains intervenants. Malheureusement cette attitude de ne pas considérer les adaptations comme d’authentiques créations littéraires n’a aucun fondement objectif en littérature. En effet, La littérature est un domaine immense, aucune œuvre n’est unique. On ne devient pas poète sans lire la poésie ni écrivain sans lire des romans. De par là même, toute œuvre est une création. Donnons un exemple dans la chanson kabyle essayez d’énumérer le nombre de chansons portant sur la thématique de « Lemri » (le miroir) (les plus connus : Cherif Kheddam, Zeddek Mouloud …) sans compter l’allusion à cette thématique dans des dizaines d’autres chansons. Un thème traité bien des fois dans la chanson mais chaque texte est porteur de subtilité. Heureusement d’ailleurs pour nous, sinon, la production en littérature serait limitée dans le temps et s’épuiserait depuis des siècles parce que tout a été dit comme on le dit chez nous.

2. Deuxièmement, je vous invite aussi à écarter tout doute sur l’originalité de la chanson de Zimu en vous rappelant la chanson originelle de Renaud. Renaud dans sa chanson les charognards raconte l’histoire d’un jeune homme « né à Sarcelles et qui crève aux Champs Elysées » dans un « braquage foiré ». Touché par balles, le jeune braqueur gisant sur le sol dans une marre de sang, nous rapporte (par la voix de Renaud qui s’est mis dans sa peau) les réactions xénophobes et méchants des commerçants et de certains passants, mais, (la tendresse de la chanson et sa chute) le jeune tué a aussi distingué l’humanité de cette jeune fille, qui ne le connait pas pourtant, mais, qui le pleure de toute ses forces quoi qu’il ait fait parce que « c’est un être humain avant tout … » et que devant la mort il n y a jamais de victoire même pour celui qui a tué.

3. Troisièmement, il est tout à fait honorable pour Zimu, dont je n’ai pas aimé quelques passages de sa réponse diffusée sur Internet même si très pertinents et très bien fournis, de voir sa chanson alimenter un débat contradictoire. Le journaliste de l’article H. A., est d’ailleurs en complète contradiction avec lui-même en avançant au début de sa critique son point de vue subjectif sur les talents de Zimu. Zimu devrait se réjouir aussi de voir une chanson à lui, mériter un dépiautage alors que des albums entiers de nos grands artistes passent inaperçus mis à part quelques papiers dans les journaux destinés aux acheteurs pour faire vendre le plus grand nombre de CD. En citant Aït Menguellet à la fin de sa réponse, Zimu, aurait aussi bien fait de citer le dernier passage de Lounis dans la chanson (Aqbayli). Cette chanson est une autocritique pertinente de notre société mais à la fin Aït Manguellet, redoutant sûrement les critiques comme celles que reçoit Zimu aujourd’hui, a pris de court les auditeurs en devinant leurs dires : (Atas ara s-yinin, leflani la r-yessefcal … Beaucoup diront sans doute, que Lounis nous « démoralise, démotive …etc) et c’est exactement le cœur du sujet de l’article de H. A. qui reproche à Zimu de chanter (l’inutilité de la lutte) mais la chanson de Zimu, comme j’essaierai de vous le démontrer est loin de scander l’inutilité de la lutte. 

Zimu, dans les quatre premiers couplets de sa chanson nous donne une description remarquable de la « mise à mort » d’un jeune. Ces couplets captivant mettent l’auditeur directement dans le bain du sujet. Avec le choix d’un lexique courant et une interprétation émotionnelle (j’écoute la version envoyée sur dailymotion, qui est, à mon avis nettement meilleure), Zimu a su remarquablement dresser le décor de sa chanson. 

Dans le 5e. Couplet Zimu introduit un crochet à partir du 1er. Vers pour pointer le désappointement du jeune assassiné en se voyant s’octroyer un mérite et des fleurs sur sa tombe alors que « personne ne parlait de lui lorsqu’il épuisait ses jours au village » « maintenant que son corps est pourri 3 mètres sous terre on le couvre de gerbes de fleurs » [Même le premier ministre Ahmed Ouyahia qui a eu droit à un slogan durant les manifestations du printemps noir (Ouyahia Axabit (le traître)) a eu l’honneur de déposer une gerbe de fleur sur la tombe de Massinissa le premier jeune à tomber sous les balles des gendarmes]. Pour vous dire la grande déception de toute une génération de révoltés. 

Le 6e. Couplet est dédié aux manipulateurs qui ont tout fait par leurs discours pour que des jeunes tombent encore et encore après des mois de l’assassinat du 1er. Jeune kabyle. 

Le 7e. Couplet a porté sur nos politiciens symbolisés par « Said d Lhusin » qui « se chamaillent, toujours sur la tombe du jeune assassiné ». Là, H. A., prend à son compte une interprétation subjective de ce vers en parlant de « récupération de la mort des jeunes » alors que Zimu, à mon avis, oppose la bassesse des chamailleries des deux partis devant la tragique mort de jeunes kabyles, l’heure est grave lorsqu’il y a mort d’Hommes. La tragédie aurait dû peut être unir les rangs des kabyles dispersés par le multipartisme.

Toujours dans le 7e. Couplet et le 9e. Sont dédiés aussi à ceux qui la tragédie a profité : Ceux qui ont produit des albums, ceux qui sont bénéficiaires des locaux de Bouteflika (les fameux locaux des genêts, nommés ironiquement par les citoyens au début du chantier ‘‘la plate forme n leksar’’), les voyous avec la multiplication des agressions, il est devenu d’ailleurs impossible de se garer gratuitement surtout à Tizi-Ouzou sans voir une bande de jeunes vous réclamer de l’argent, ceux qui ont essayé de refuser ont été tabassé ou assassinés (1 ou 2 cas) et le mouvement citoyen n’a rien fait pour arrêter cette anarchie pendant qu’il était mobilisateur. 

Le 8e. Couplet porté sur le mouvement citoyen (les ârouch éclatés) : un groupe allié aux partis politiques, nous nous rappelons bien du groupe mené par Bouceta qui a appelé à voter RCD en 2004). Il y avait aussi les archs qui parlaient d’une plate forme scellée et non négociable mais qui sont finalement allé négocier. Il y a aussi ces archs « virtuel » dont parle Zimu celui des « gamins » sincères mais naïfs parce qu’il « rêvent » de changer la situation en « jetant des pierres ». Enfin, Zimu parle aussi de ces archs d’ulac smah ulac qui ont finalement pardonné [en invitant exemple Ouyahia à déposer une gerbe de fleur sur la tombe de Massinissa] n’est ce pas là un signe on ne peut plus clair de tourner la page !? 

Dans le 10e. Couplet et le début du 11e. Le jeune assassiné, pour lequel Zimu prête sa voix dans cette chanson, parle à ses amis impliqué dans le mouvement il les voit rêvant toujours d’un printemps meilleur et leur donne son point de vue maintenant qu’il est mort car il regrette d’avoir franchi la porte de chez lui le jour où il a été assassiné. 

Maintenant, je le sais, Je le sais mais c’est hélas trop tard, Ma mort, qu’à t-elle apportée de plus A la plate forme d’El ksar ? Si c’est pour Tamazight que je suis mort Elle a seulement besoin qu’on l’écrive et qu’on la parle (voir sur ce point après la traduction) Si je suis mort pour que tombe l’injustice C’est mon frère qui est à son origine (Ahmed Ouyahia est kabyle non ? … sans citer d’autres) Si je suis mort pour l’Algérie Pourquoi la mort n’a emporté que des kabyles ? (Là le sens mérite un autre article à mon avis) 

A propos de tamazight : je suis étonné de voir H. A. parler de l’enseigner en interprétant le vers des 5e. Et 6e. Vers du 11e. Couplet, n’oubliez pas que Zimu, selon sa biographie sur son site a fait des études en langue Amazigh et qu’il est auteur d’un recueil de nouvelles en kabyle qu’on ne trouve plus sur le marché apparemment. Zimu donc, soutient un avis sérieusement défendable en sociolinguistique selon lequel une langue vivante est celle qui se parle (point/). Par ailleurs, Zimu, n’affirme pas que l’enseignement suffise à l’émancipation de tamazight. Dans l’émission de BRTV, il a parlé de consommer la langue dans toute sa dimension culturelle et identitaire et c’est une position claire et positive. Permettez-moi de vous rappeler cette anecdote attribuée à Mohand Ouhyahia ou M. Mammeri selon laquelle un jeune kabyle aurait dit qu’il était prêt à mourir pour Tamazight mais pour qui Mammeri ou Mohand Ouyahia a répondu « tamazight a besoin de toi vivant ! ». 

Le 12e. Et dernier couplet, Zimu, dans une prise de parole poétique, fait parler le jeune homme assassiné en dressant le constat d’une tragédie terminée (ass-agi tekfa tedyant). Les kabyles sont redevenus comme avant. La tragédie est éteinte elle n’est maintenant qu’un souvenir communément appelée « Un printemps (seulement) noir ». Mais cependant, la mère du jeune assassiné est toujours en pleurs elle n’arrive pas à l’oublier et son père a finalement accepté de l’argent pour se taire (allusion faite à l’indemnisation proposée par le gouvernement algérien refusée au début puis acceptée par tous les parents des victimes du printemps noir. (là on eu droit à 2 versions je vous ai parlé de celle de dailymotion mais celle sortie dans le CD en vente maintient le refus du père de toucher l’indemnisation proposée par le gouvernement). 

Voilà chers lecteurs. Vous verrez bien que l’originalité de Zimu et son courage est d’essayer de relater une tragédie non pas en glorifiant d’inutilité de la lutte mais on interpellant notre classe politique et nos élites à beaucoup plus de responsabilité et à réfléchir sur d’autres moyens plus efficaces pour venir au bout des obstacles. H. A., demande à Zimu indirectement d’être patriotique et militant ou de faire dans les discours mobilisateurs alors que le militantisme maintenant est d’être conscient et la conscience vient de la vérité mais la vérité il faut la voir et la montrer et ce que fait Zimu à travers cette chanson. Ttif tidett yesseqrahen lekdeb yessefrahen. Quoi que l’on dise d’aucun aujourd’hui ne peut affirmer que les remarques de Zimu dans cette chanson sont erronées. Cet artiste, parce que notre chanteur mérite largement cette qualité, est d’ailleurs très dégourdi dans ce genre d’entreprise ; je vous invite d’ailleurs à voir la portée de ces chansons « Aghennay Ouzekka » ou bien « yyad ma a teddudh ». Le dernier album de Zeddek Mouloud mérite une très grande attention je vous invite, puisque ce site semble interessé par ce genre de critique à décortiquer la chanson phare de l’album « lihala n tmurt ». Merci d’avoir pris le temps de me lire. 

Commentaires fermés

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Blog du niveau intermédiaire
| paroisdedouche